samedi 3 mai 2008 par Administrateur
1. Définition
BUCKMAN (1994) [1] définit une mauvaise nouvelle (bad news) par « n’importe quelle nouvelle qui altère radicalement et négativement la vision qu’a le patient de son futur » [2].
2. Exemples
a) Chez les patients
Un des exemples les plus connus est celui du célèbre cycliste Lance AMSTRONG [3] qui raconte ce qu’il a ressenti lors de l’annonce de son cancer testiculaire métastasé : « J’ai quitté ma maison le 2 octobre 1996 comme une personne et j’y suis revenu : j’étais un autre. » [4] .
En médecine, l’annonce d’une mauvaise nouvelle peut se retrouver dans différentes situations courantes :
l’annonce d’un diagnostic de cancer
l’annonce d’une sclérose en plaque
l’annonce d’un diabète
l’annonce d’une opération chirurgicale
l’annonce d’une maladie génétique
l’annonce à l’échographie d’une malformation d’un enfant dans le ventre de sa mère
etc.
Dans le cancer, l’annonce vient souvent réveiller le passé familial (parents, enfants, etc.) ou environnemental (collègues de travail, etc.) relatif à des personnes atteintes d’un cancer qui soit s’en sont sorties indemnes soit en sont décédées.
De plus, dans le cancer, il existe des moments particuliers chargés d’émotions :
annonce des résultats du bilan d’extension
annonce des résultats d’anatomopathologie
annonce des traitements
etc.
L’annonce d’une « mauvaise nouvelle » [5] peut être vécue de différentes manières par le patient (vécu-ressenti) comme :
un choc
une grande peur
une acceptation
une tristesse
une indifférence
etc.

Un concept important en biologie totale des êtres vivants, en rapport avec l’annonce d’une mauvaise nouvelle, est le conflit de diagnostic-pronostic qui peut être défini comme un « effet nocebo à la suite d’une mauvaise nouvelle ».
b) Chez les médecins
La façon dont on annonce une « mauvaise nouvelle » est importante pour le patient. En 1847 déjà, il était écrit dans le premier code d’éthique de la célèbre AMA (American Medical Association) : « La vie d’une personne malade peut être écourtée non seulement par les actes mais aussi par les mots ou le comportement d’un médecin. C’est, pour cela, qu’il a pour devoir sacré de garder lui-même scrupuleusement dans ce domaine la maîtrise de soi et d’éviter de dire tout ce qui a une tendance à décourager le patient et à déprimer son moral. » [6].
Souvent, les médecins sont sollicités pour donner un pronostic à leurs patients (légalement, ils doivent informer les patients sur les multiples conséquences des actes médicaux). Malheureusement, donner une statistique basée sur des données de population n’a aucune valeur prédictive à l’échelle d’un individu.
De plus, d’après Nicolas A. CHRISTAKIS et Elisabeth B. LAMONT (2000) [7], les estimations des médianes de survie faites par les médecins ne sont pas fiables (et cela n’est pas dû à une incompétence mais à une difficulté intrinsèque de l’estimation) :
dans 20 %, l’estimation était réaliste
dans 63 %, l’estimation était trop optimiste
dans 17%, l’estimation était trop pessimiste
D’après ces même auteurs, cela peut affecter de manière contraire la qualité de soin donné aux patients proches de la fin de vie.
PARKES (1972) [8] avait déjà montré que les prédictions des médecins chez 168 patients cancéreux étaient souvent erronées et optimistes. D’autres études l’ont confirmé par après [9] [10].
Le jargon médical peut aggraver l’impact des « mauvaises nouvelles » [11].
3. Questions à se poser lors d’une annonce d’une « mauvaise nouvelle »
4. Comment les mauvaises nouvelles doivent être annoncées ?
5. Sources :
GREGG K. VANDEKIEFT, Breaking bad News, 2001, vol 64, n° 12, 1975- 1978
6. Pour aller plus loin
Dr Paulette Le Lous, Dr Sophie Pautex, Faut-il toujours annoncer une mauvaise nouvelle ? , InfoKara, 2002-1, 17, 25-29
Laurent GARDERET, L’annonce d’une mauvaise nouvelle , Mémoire du diplôme interuniversitaire d’information médicale, septembre 2005
R. Buckman, S’asseoir pour parler. L’art de communiquer de mauvaises nouvelles aux malades, éd. InterEditions,1994.
[1] R. BUCKMAN, Breaking bad news : why is it so difficult ?, BMJ, 1984, 288 : 1597-1599.
[2] « Any news that drastically and negatively alters the patient’s view of her or his future » R. BUCKMAN
[3] Lance AMSTRONG gagna sept fois d’affilée le Tour de France.
[4] « I left my house on October 2, 1996, as one person and came home another » Lance AMSTRONG, It’s not about the bike : my journey back to life. New York, Putman, 2000.
[5] LOBB, Med. J. Austr, 1999, 290-294
[6] « The life of a sick person can be shortened not only by the acts, but also by the words or the manner of a physician. It is, therofore, a sacred duty to guard himself carefully in this respect, and to avoid all things which have a tendency to discourage the patient and to depress his spirits. »
[7] Nicolas A. CHRISTAKIS et Elisabeth B. LAMONT, Extent and determinants of error in doctors’ prognoses in terminally ill patients : prospective cohort study, BMJ, 2000, 469-472.
[8] Parkes CM , Accuracy of predictions of survival in later stages of cancer, BMJ, 1972, ii,, pp 29-31.
[9] HEYSE-MOORE LH, JOHNSON-BELL VE, Can doctors accurately predict the life expectancy of patients with terminal cancer ?, Palliat Med, 1987 ; 1 ; 165-166
[10] EVANS C., Mc CARTHYM, Prognostic uncertainty in terminal care : can the Karnofsky index help, Lancet, 1985, 1, pp. 1204-1206
[11] FORD, Soc Sci Med, 1996, 1511-1519
[12] Norman COUSINS, La biologie de l’espoir - le rôle du moral dans la guérison, éd. SEUIL, 1991 (ISBN 2-02-011582-4)