Institut Belge de Biologie Totale des Êtres Vivants

La psychogénéalogie

samedi 11 juin 2011 par Administrateur

1. Définition

La psychogénéalogie est une « démarche qui nous permet de comprendre et d’utiliser au mieux notre héritage psychique, ou, si besoin est, de le transformer. Elle s’appuie sur la psychanalyse étendue aux liens transgénérationnels et sur la technique psychosociologique du génosociogramme, arbre généalogique augmenté des liens et des faits importants. » [1].

Le terme de psychogénéalogie a été créé dans les années 1980 par la psychanalyste Anne ANCELIN-SCHÜTZENBERGER [2] [3] qui s’est basée sur ses propres travaux d’observation, et sur des concepts issus de la psychanalyse (JUNG et l’inconscient collectif), des travaux de MORENO (sociogramme et inconscient transgénérationnel), de la thérapie familiale (Ivan BOSZORMENYI-NAGY et le concept de loyauté familiale invisible), le langage du corps selon James ENNEIS (du Saint Elisabeth’s Hospital) ... et de la systémique.

Le terme s’applique à une généalogie recadrée dans le contexte des recherches en psychologie [4] :

- psycho-histoire ;
- travail contextuel ;
- constatations de la psychanalyse ;
- travail de recherche sur la communication non verbale, telle que langage du corps, lapsus verbaux ;
- mises en acte, actes manqués ;
- fuites corporelles de notre vécu par l’expression involontaire du corps (respiration, émotions ressenties, chaleur ou « froid glacial, mortel »).

Selon la psychogénéalogie, des événements, des traumatismes, des secrets de famille, des conflits vécus par les membres ascendants d’un clan, etc. conditionnent chez un sujet donné des troubles psychologiques, des maladies, etc.

2. L’apport de la psychogénéalogie

Il existe plusieurs concepts importants en psychogénéalogie :

  • le génosociogramme ;
  • la loyauté familiale invisible ;
  • le syndrome anniversaire ;
  • les secrets de famille.

1. Le génosociogramme

Le génosociogramme peut se définir comme un arbre généalogique avec les éléments socio-historiques (connus) des générations précédentes (ancêtres directs, collatéraux compris) du consultant.

« Faire de la psychogénéalogie clinique, c’est pour le client, poser les valises de son passé et accepter de lâcher prise pour surmonter les dégâts des traumatismes qu’il a incorporés, les contrecoups, les conséquences, et les éventuels effets néfastes d’un passé familial, de ses plaies, erreurs, fautes, hontes, culpabilités, regrets, déracinements, pertes, deuils, secrets et non-dits, etc. » (Anne ANCELIN-SCHÜTZENBERGER) [5]

2. La loyauté familiale invisible (LFI)

La loyauté familiale invisible peut se définir comme la manifestation d’un comportement familial qui se reproduit de manière invisible, inconsciente de génération en génération.

Exemples de loyautés familiales invisibles :

- des migrations affectant toutes les personnes de l’arbre généalogique au cours des siècles ;
- des abandons d’enfants quelque soient les circonstances ;
- des reproductions de métiers, de maladies ;
- etc.

Tant que les personnes n’ont pas travaillé sur leur arbre, ils peuvent continuer à perpétuer ces loyautés familiales invisibles de manière inconsciente.

« Sans prise de conscience, sans travail sur soi, nous sommes condamnés à reproduire ultérieurement nos identifications d’enfant. Parfois à notre insu. Certains ont choisi de faire tout le contraire de leur famille. Malheureusement, vivre le contre-scénario, c’est encore vivre en fonction du scénario. Prendre le contre-pied, ce n’est pas accéder à la liberté d’être soi-même, c’est agir à l’inverse en étant constamment dans la comparaison. L’aventure d’une vie humaine, c’est avant tout l’aventure de la conscience. Plus nous devenons conscients, plus nous devenons libres. Plus nous choisissons notre vie au lieu d’obéir à nos programmations, plus nous épanouissons notre être unique, indépendant, autonome. Plus nous sommes épanouis, plus nous épanouissons les autres. » (Chantal RIALLAND) [6]

3. Le syndrome anniversaire

Le syndrome anniversaire peut se définir comme une « répétition d’événements marquants, heureux ou malheureux, voire dramatiques, à la même date ou au même âge ou à la même période spécifique. » [7]

Il peut être lié à :

- un événement personnel, familial ;
- à divers problèmes vécus par les générations précédentes ;
- un choc traumatique, généralement un deuil non terminé, une perte importante (un enfant, une fausse couche, un parent, un animal familial, une maison, un terrain, une partie du corps, etc.

Cette répétition peut se faire pour un événement heureux ou malheureux, qui est resté vivace dans la mémoire familiale (date de naissance, de mariage, de baptême, d’un fait historique,etc.).

L’origine des syndromes anniversaires s’explique par l’existence de loyautés familiales invisibles (LFI) et par l’attachement à un passé inachevé : si nous arrivons à « faire le deuil » du passé, à « réparer » celui-ci, à « nettoyer notre arbre généalogique », nous pouvons réacquérir notre libre arbitre et ne plus répéter une problématique de génération en génération.

Citons quelques dates importantes de l’histoire des personnes :

- du 21 février au 19 décembre 1916 : Verdun ;
- 1915, 1917 et 1922 : génocide des Arméniens ;
- 28 juin 1389 (calendrier grégorien) : bataille de KOSOVO (l’empire ottoman contre les princes des Balkans) ;
- 8 août 1945 : largage de la bombe atomique à Hiroshima ;
- etc.

4. Les secrets de famille

Les secrets de famille peuvent se définir comme des non-dits qui se transmettent de génération en génération.

« Le secret est aussi indispensable aux êtres humains que le feu, et aussi craint. Le secret comme le feu facilitent et protègent la vie, mais ils peuvent aussi étouffer, dévaster, se propager de manière incontrôlée. Le secret et le feu aident à préserver l’intimité mais peuvent aussi l’envahir, ils sont autant nourriciers que destructeurs. Et ils peuvent se retourner contre eux-mêmes : on élève des barrières de secret pour se protéger contre des complots et des tentatives insidieuses, tout comme le feu sert à combattre le feu » (Sisela BOK cité in ’’Le poids des secrets de famille’’ d’Evan IMBER-BLACK) [8]

5. L’effet Bluma ZEIGARNIK

L’effet ZEIGARNIK peut se définir comme le « désir de vouloir terminer ce qui a été commencé. » (cf. les unfinished business et les travaux d’Élisabeth KÜBLER-ROSS.).

Bluma ZEIGARNIK a montré que les tâches inachevées et/ou interrompues sont mieux remémorées que les tâches terminées parce que les sujets les ressassent, les ruminent, comme si la situation avait été gelée.

Terminer une tâche inachevée consiste à revenir sur cette tâche afin de clore les relations avec une personne (aimée, haïe ou crainte), qu’elle soit vivante ou décédée.

Claude SABBAH dit que la maladie est un deuil inachevé.

6. Le psychodrame

Le psychodrame - terme inventé par MORENO - peut se définir comme un « jeu de rôle thérapeutique ou pédagogique qui permet de clôturer une tâche inachevée » (une mise en situation dans un jeu de rôle psychodramatique). En jouant la scène (comme dans une pièce de théâtre ou dans une constellation familiale), cela permet à la personne d’en faire l’expérience kinesthésique, émotive et corporelle et d’achever cette tâche autrement.

3. Sources

Les sources de l’article sont les livres d’Anne ANCELIN-SCHÜTZENBERGER.

4. Bibliographie

Nicolas ABRAHAM et Maria TOROK, L’écorce et le noyau, éd. FLAMMARION, 1987 (ISBN 2-08-081353-6)

Nina CANAULT, Comment paye-t-on la faute de ses ancêtres, éd. DESCLEE DE BROUWER, Paris, 1998 (ISBN 9-7822200587-88)

Collectif, Chronique du XXe siècle, éd. LAROUSSE

Paola DEL CASTILLO, La symbolique des prénoms en psychogénéalogie, éd. QUINTESSENCE, 2003 (ISBN 2-913281-27-3)

Paola DEL CASTILLO, La psychogénéalogie appliquée, éd. QUINTESSENCE, 2003

Paola DEL CASTILLO, La symbolique des prénoms en psychogénéalogie, éd. QUINTESSENCE

Didier DUMAS, L’Ange et le fantôme, introduction à la clinique de l’impensé généalogique, éd. MINUIT, 1985 (ISBN 2-7073101-31)

Serge TISSERON, Secrets de familles, mode d’emploi, éd. MARABOUT, 1997 (ISBN 9-7825010530-75)

Elisabeth HOROWITZ et Pascale REYNAUD, Se libérer du destin familial, éd. Chemins de l’Harmonie, 2000 (ISBN 2-84454035-X)

Elisabeth HOROWITZ et Pascale REYNAUD, Se libérer du temps généalogique - comment déprogrammer son destin par la psycho-généalogie, éd. CHEMINS DE L’HARMONIE, 2002

Evan IMBER-BLACK, Le poids des secrets de famille, éd. Robert Laffont, Paris, 1999, éd. J’AI LU, 1999

Chantal RIALLAND, Cette famille qui vit en nous, éd. Robert LAFFONT, 1994 (existe aux éd. MARABOUT)

Hervé et Mireille SCALA, Des ancêtres encombrants ? Se réconcilier avec son histoire familiale, éd. Le SOUFFLE D’OR, 2004

Anne ANCELIN SCHÜTZENBERGER, Aïe, mes aïeux !, éd. DESCLEE DE BROUWER, 1993 (17e. éd. complétée 2004) (ISBN 2-220-04057-7)

Anne ANCELIN SCHÜTZENBERGER et Ghislain DEVROEDE, Ces enfants malades de leurs parents, éd. PAYOT, 2003

Anne ANCELIN SCHÜTZENBERGER, Psychogénéalogie, guérir les blessures familiales et se retrouver soi, éd. PAYOT, 2007 (ISBN 978-2-228-90188-8)

Patrice VAN ERSEEL et Catherine MAILLARD, J’ai mal à mes ancêtres : la psychogénéalogie aujourd’hui, éd. ALBIN MICHEL, 2002

5. Pour aller plus loin

Icône pdf V. ROBBAERT, La psychogénéalogie : à la recherche des racines familiales de la maladie, Louvain médical, 2006, 125, 7, 245-251

Icône pdf S. MERTENS DE WILMARS et D. TORDEUR, Deuil agressivité et fratrie, Louvain médical, 1999, 118, 540-548

[1Anne ANCELIN-SCHÜTZENBERGER, Psychogénéalogie - guérir les blessures familiales et se retrouver soi, éd. PAYOT, 2007, p 11.

[2Anne ANCELIN-SCHÜTZENBERGER, Psychogénéalogie - guérir les blessures familiales et se retrouver soi, éd. PAYOT, 2007, p 11.

[3La majeure partie des travaux d’Anne Ancelin SCHÜTZENBERGER sont classés « secret défense » en France...

[4Anne ANCELIN-SCHÜTZENBERGER, Psychogénéalogie - guérir les blessures familiales et se retrouver soi, éd. PAYOT, 2007, pp. 11-12.

[5Anne ANCELIN-SCHÜTZENBERGER, Psychogénéalogie - guérir les blessures familiales et se retrouver soi, éd. PAYOT, 2007, p 16.

[6Chantal RIALLAND, Cette famille qui vit en nous, éd. Robert Laffont, 1994 ; éd. Marabout, 2000, pp. 52-53.

[7Anne ANCELIN-SCHÜTZENBERGER, Psychogénéalogie - guérir les blessures familiales et se retrouver soi, éd. PAYOT, 2007, pp. 41.

[8Sisela BOK in Evan IMBER-BLACK, Le poids des secrets, éd. Robert Laffont, 1999 ; éd. J’ai Lu, 1999, p. 17.


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