Institut Belge de Biologie Totale des Êtres Vivants

Hans SELYE et le stress

samedi 9 février 2008 par Administrateur

1. Historique

Dès 1925, Hans SELYE s’est intéressé à un bruit de fond qui n’était pas spécifique d’une maladie particulière mais qui était bien présent.

« [...] L’idée du concept de stress et du syndrome général d’adaptation (S.G.A.) m’est venue en 1925, alors que j’étudiais la médecine à l’Université de Prague. [...] Je ne pouvais comprendre pourquoi, dès l’aube de l’histoire de la médecine, des médecins ont concentré tous leurs efforts sur la reconnaissance des maladies particulières et la découverte de remèdes spécifiques sans prêter aucune attention à quelque chose de beaucoup plus évident : »le syndrome du simple fait d’être malade« . Je savais qu’un syndrome est »un groupe de signes et de symptômes qui se présentent ensemble et caractérisent une maladie« . Eh bien ! les patients que je venais de voir avaient un syndrome, mais il semblait que ce fût un syndrome caractérisant la maladie en tant que telle et non une maladie particulière. Serait-il possible d’analyser ce »syndrome général de la maladie« et peut-être même trouver des remèdes capables d’agir contre le facteur non spécifique dans la maladie ? Ce ne fut, cependant, que dix années plus tard [1] que je parvins à exprimer tout cela dans le langage précis de la description scientifique fondée sur l’expérimentation. [...] Dans son ensemble, le syndrome de stress, ou syndrome général d’adaptation (S.G.A.) évolue selon trois stades successifs : 1) La « réaction d’alarme » pendant laquelle les forces de défense sont mobilisées ; 2) Le « stade de résistance » qui reflète la complète adaptation à l’agent »stressant«  ; 3) Le « stade d’épuisement » qui suit inexorablement pourvu que l’agent stressant soit assez puissant et agisse assez longtemps, le pouvoir d’adaptation d’un être vivant étant toujours limité » (Hans SELYE) [2]

2. Définition

Hans SELYE définit le stress comme une « réponse non spécifique de l’organisme à toute sollicitation » [3] .

A la suite d’un agent stressant (l’effecteur sur le corps étant le cerveau), il peut y avoir deux types de réponse :

- une réponse spécifique propre à l’agent stressant

et

- une réponse non spécifique de l’agent stressant qu’Hans SELYE appelle « stress ».

Au départ, SELYE a repris le terme de « stress » à la mécanique des matériaux : le stress en mécanique est une interaction entre une force et la résistance qu’a ce matériau. Peu importe si c’est une machine ou un homme qui tire sur ce matériau. D’où le terme de non spécifique.

3. Physiologie

Le corps répond à toute demande qui lui est faite et cette réponse se manifeste par des changements biologiques mesurables tels que la concentration dans le sang de certaines hormones qu’il appelle « hormones de stress » (ACTH, corticoïdes, catécholamines (adrénaline et noradrénaline)).

Physiologie du stress selon Hans SELYE

Lors d’un stress, pendant la réponse immédiate au stress, il y a une stimulation du système nerveux autonome et de la médullo-surrénale [4].

Cette médullosurrénale secrète des catécholamines [5] (adrénaline et noradrénaline) entraînant de nombreuses modifications physiologiques :

- conversion du glycogène en glucose —> augmentation du glucose dans le sang (hyperglycémie)
- augmentation de la fréquence respiratoire (polypnée)
- accélération du métabolisme
- modification de la circulation sanguine entraînant une augmentation de la vigilance et une diminution de l’activité digestive et rénale

Lors d’un stress, il y a également une sécrétion au niveau de l’hypothalamus de nombreuses substances, qui vont entre autres, stimuler au niveau de l’hypophyse antérieure (ou adénohypophyse) la libération d’ACTH. Cette ACTH, elle-même libérée dans le sang circulant, stimule la corticosurrénale [6] à produire des minéralocorticoïdes et des glucocorticoïdes.

Etant donné la participation de l’hypothalamus, de l’hypophyse et des surrénales, on parle souvent de l’axe hypothalamo-hypophysaire- surrénalien.

La plupart des facteurs stressants de la vie courante sont psychosociaux.

4. Métaphore

Imaginons un homme préhistorique, que Claude SABBAH appelle « Joe le chasseur ».

A l’époque de « Joe le chasseur », les hommes préhistoriques étaient prédatés par des bêtes sauvages féroces.

Lors d’un stress ressenti face à une bête sauvage, le principal élément de la réponse nerveuse de « Joe le chasseur » est l’activation générale du système nerveux sympathique qui entraîne une augmentation du débit cardiaque, de la ventilation pulmonaire et une dérivation du sang des zones en vasoconstriction (comme le tube digestif et le rein) vers les plus actives comme les muscles, le cœur. Plus d’oxygène, plus de sang dans la circulation hors tube digestif et le rein, tout cela permet à « Joe le chasseur » de préparer son organisme à la fuite ou au combat [7].

Simultanément, le système sympathique de « Joe le chasseur » secrète de l’adrénaline qui renforce ce système sympathique et ce qui étend son action à des tissus qui ne sont pas innervés par celui-ci : cela permet, par exemple, une mobilisation des réserves de glucides et de lipides (= plus d’énergie pour la fuite ou le combat).

De plus, le système hypothalamo-hypophysaire-surrénalien est stimulé : le cortisol secrété mobilise les réserves de lipides et de protéines, augmente les réserves de glucides ainsi que la glycémie.

Le sens biologique de cette augmentation du glucose, des acides gras et des acides aminés est de favoriser l’approvisionnement du cerveau et de fournir les éléments de construction nécessaires à la réparation des tissus endommagés de notre chasseur.

5. Sources

Hans SELYE, Le stress de la vie - le problème de l’adaptation, éd. GALLIMARD, 1975, préface p. XI.

Elaine N. MARIEB, Biologie humaine – Anatomie et physiologie, éd. DE BOECK, chap. 9 (le système endocrinien).

Lauralee SHERWOOD, Physiologie humaine, éd. DE BOECK, chap. 15 (le système endocrinien) (surtout pp. 510 et suivantes).

6. Liens externes

Icône pdf Hans SELYE, A syndrome produced by diverse nocuous agents, Nature, 1936, 138, 32

Interview du Dr Hans SELYE sur le site des archives de Radio-Canada (7 février 1955)

Psychosoma : le stress et le syndrome d’adaptation générale

[1] Hans SELYE, A syndrome produced by diverse nocuous agents, Nature, 1936, 138, 32

[2] Hans SELYE, Du rêve à la découverte, Éditions de La Presse, 1973, pp. 66-68.

[3] Hans SELYE, Le stress de la vie - le problème de l’adaptation, éd. GALLIMARD, 1975, préface p. XI.

[4] La médullosurrénale est considérée comme un ganglion égaré de la partie sympathique du système nerveux autonome, Elaine N. MARIEB, Biologie humaine - anatomie et physiologie, éd. DE BOECK, p. 280.

[5] Catécholamine = nom générique des amines vasopressives sympathicomimétiques (adrénaline, noradrénaline), ainsi que leurs précurseurs (dopamine) et les produits qui en dérivent (métanéphrines, acide vanylmandélique) (GARNIER DELAMARE, Dictionnaire illustré des termes de médecine, 2006).

[6] La corticosurrénale est la partie corticale de la surrénale (cortex = écorce ; surrénale = glande au-dessus des reins).

[7] « Fly or fight » du physiologiste Walter CANNON.


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